Je mets ici le récit de notre amis Brice Saint Martin sur son expérience lors de sa participation à la PICA-PICA.
PICA-PICA
Avertissement : si jamais tu as des problèmes avec le second degré, ne continu pas à lire ce récit, cela pourrait te piquer la tête.
La pica-pica est un trail de 110 km avec 11000m de dénivelé positif et négatif. Lors de l’inscription, je me dis que ça va le faire, j’ai l’expérience des grandes courses à fort dénivelé ; donc pas trop d’entrainement spécifique et je courrai sur mes acquis.
Bon bah je me suis complètement planté. Au mois de juillet, avec Quentin et Virginie, nous avons fait la reco de cette course en mode bivouac. Sac à dos de 16kg, toile de tente et bouffe pour 7 jours de bonheur et de difficulté. A la fin de cette reco, j’ai bien compris que je devais davantage m’entrainer. Pas de bol, la course est dans trois semaines. Donc j’ai simplement fait du vtt et un concentré de dénivelé sur cette période.
Et hop, nous voila arrivé à la veille de course. Les derniers jours ont été reposant, nuits correctes, aucune douleur. Mon sac de course est prêt avec tout le matos obligatoire. Touts les voyants sont au vert. Nous assistons au briefing de course, et là, Nahu (le responsable de la course) nous signale qu’une partie du matériel obligatoire n’est plus nécessaire, à savoir doudoune et pantalon de pluie. Dans ma tête, ça fait qu’un tour, je vais changer mon sac. Je vire tout ce que j’avais préparé et le remet dans un plus petit sac. Tellement petit que ça ne loge pas, à ce moment, Quentin me prête sa ceinture ventrale. Parfait.
Vendredi 8h00, il fait déjà chaud. Je profite du départ pour courir 30mn jusqu’à Goulier, ensuite ce sera très compliqué de courir. Je croise Anne KIRSCHENMANN, rencontré le mois précédant durant la reco, elle a le smile. Ensuite c’est 1500D+ sur 8km. Et une patate de passé. Je ferai toute les descentes en marche rapide. Ne pas avoir mal aux cuisses sera mon leitmotiv.
Au bout de 25km, refuge Fourcat (sans Martin, qui ne c’est toujours pas remis de ça cure de pago au bar des 3000), j’y retrouve les deux-sévriens, Vincent et les Gwen. Nous ferons pas mal de chemin ensemble, mais chacun vi ça vie et démerde toi comme tu peux.
30ème km, base de vie de Soulcem. Normalement Quentin doit m’y attendre. Effectivement il est là et se met aux petits soins pour moi. Il me prépare de quoi manger, me raconte les potins de la base vie. Je change de chaussettes et de chaussure. Je repars bien dans ma peau sans douleur.
37ème km, arrivé à Arcalis en Andorre juste avant la nuit. Pas de clope, pas de Ricard, ça à bien changé. En plus, il y a des chocolats Jeff de Bruges, du chocolat du plat pays en pleine montagne, sont ravagés ici. Et c’est reparti, il fait nuit, j’évolue sur les crêtes. A un moment gros bruit, je pense à un éboulement, je cherche à la frontale d’où vient ce bruit. En fait c’est un feu d’artifice tiré dans le bas de vallée (c’est la première que je surplombe un feu d’artifice). Pour l’instant tout va bien, j’ai la houache.
50ème km, samedi 1h45 du matin, cabane de la Crouts. Quentin m’y attend, j’ai faim, j’ai sommeil. Il a planté la toile de tente juste à coté du ravitaillement. Il me laisse le digicode et part rejoindre Virginie, quelle lâcheur mon frangin. C’est pas grave, je mange un peu puis me pose dans la tente 45mn. J’ai pas réussi à dormir. Il est 3h00 du mat. Je reprends un peu dans le dur. Je n’avance à rien et le passage de crête espagnole est pénible. Tout en devers et interdiction de chuter ou alors gros gros bobos.
63ème km, 9h30. J’aperçois enfin la deuxième base de vie (Soulcem). La aussi Quentin doit m’y attendre. Sauf que non. Je le vois pas. Ça va chier, je fais une annonce auprès du speaker. Rien, toujours personne, en plus c’est lui qui a mes affaires de rechange. La dessus je revois les potes des Deux-Sèvres, Vincent bâche et Virginie idem. Je quitte donc ce ravito en colère. Mais juste à la sortie, alléluia, Quentin est là. Je lui taxe simplement lunette de soleil et casquette, ça va chauffer, surtout la partie qui m’attend. Au programme, l’attaque des 3000. Le Montcalm 3077m, pic d’Estat 3143m, Verdaguer 3129m, et allé chercher le port de Sullo 3072m. Il me faudra 7heures pour en venir à bout dans la caillasse, ça glisse sous les pieds, j’y mets les mains, c’est le merdier, pire que le Viêtnam. La descente m’envoie au refuge du Pinet.
77ème km, 19h00. A partir de ce moment, le plus dur est passé. Le reste sera « facile ». Par contre j’ai les crocs, je bouffe et rebouffe à ce refuge. J’entame la descente, peu après l’étang sourd, c’est Quentin et Virginie qui montent sur moi. Cette fois, je n’attendrai personne. C’est cool, nous descendons ensemble et faisons des blagues pourries sur l’étang sourd (hein, j’entends pas, peut-on s’y noyer « sournois »).
Puis peu avant le ravitaillement de l’Artigue, 82éme km, c’est au tour de Cédric Lusson de venir vers nous. Il est là avec toute sa famille. Donc à cet instant précis, j’ai 6 personnes qui me chouchoutent. C’est moi le pacha. Donnez moi à manger, rempli mon sac d’eau, va me chercher des barres de céréales et met les dans le sac, sort moi des chaussettes, cire moi ces chaussures avant de partir, change moi les piles de la frontale. Je teste aussi une canette de raid-bull pour me tenir éveillé.
Je vais bientôt entamer la dernière montée. Allumage de la frontale, préchauffage des baskets. Mais STOP, un bénévole me coupe le passage pour que je rentre directement à l’arrivée. Là-dessus, Quentin s’en charge et le perçoit de me laisser partir. Y’a des bénévoles qui n’ont rien à faire sur des courses à part emmerdé le monde.
Je monte jusqu’au pic rouge de Bassiès. Du vent, du zef, des rafales. Mais aucun dérangement pour moi. La descente devient compliquée. L’effet du raid-bull s’estom. Les yeux se ferment, les hallucinations me souhaitent la bienvenue. DORMIR.
94ème km, dimanche 4h30. Refuge de Bassiès. Une soupe aux oignons et 10 mn de roupillement. Enfin juste 5mn le temps d’enlever les chaussures. Et maintenant, quasiment que de la descente facile pour rejoindre Auzat. Il fait jour, pas de douleur aux jambes, je cours. A 6km/h peut-être, mais je cours. Il me reste 10km pour en finir, Quentin, Virginie et Cédric sont une nouvelle fois monté me chercher pour courir les derniers kilomètres ensemble. C’est vraiment top. Je vais arriver.
110ème km, dimanche 8h34. Passage de la ligne d’arrivée à Auzat. 48h34 de course. Direct un bénévole m’offre une bière. Forcément, je la bois.
Conclusion : il existe des trails faciles comme utmb, trail compliqué la diag, trail difficile la ronda, trail très difficile euforia. La pica-pica n’est pas un trail mais une course de montagne, Nahu ne s’est pas trompé. Des sentiers ou traces vertigineux et dangereux, passages aériens avec vue époustouflante. De la haute montagne pour faire court.
Remerciement au club ultramical86, en particulier mon partenaire d’entrainement, le seul type n’ayant pas de fb et capable de te faire courir 5h alors qu’on avait prévu 2h : Stéphane Jambu. Ma belle sœur Virginie grâce à qui je peux m’accrocher les 5 premiers km. Cédric, pour cette jolie surprise de te voir alors que t’arrives juste en vacance. Et enfin mon frère Quentin pour son aide pendant la course malgré quelque raté (mais venant de lui, cela ne me surprend pas). Aucune douleur dans les cuisses, zéro ampoule, pieds parfaits, sommeil rattrapé. Prochaine course 40 km du grp dans 4 jours.